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L’ÉMANCIPATION D’UNE ÂME

apprise en ces dernières semaines ! Wolfred et Nellie s’acheminaient manifestement vers le mariage mixte que leur père redoutait. Cette découverte par trop pénible, qu’était venue commenter une récente harangue du Père Fabien, avaient vivement troublé Lantagnac.

— Ne dirait-on pas, avait dit le Père, que ce soit là une loi de l’histoire, au sein de toutes les nationalités en lutte pour leur vie, que les classes supérieures trahissent et se tuent à mesure qu’elles se constituent ? Mises en relations plus directes, plus immédiates avec le conquérant ou l’oppresseur, voyez bien par quelle série de fléchissements elles succombent : l’intérêt leur fait pratiquer l’assiduité des relations sociales avec l’étranger ; puis, au contact des plus riches, elles cèdent peu à peu aux tentations de la vanité. C’est la seconde étape : elles prennent les modes, les titres, les rubans qu’on leur tend en amorce. Enfin, par orgueil, par absence de foi nationale, elles acceptent les mariages, le mélange des sangs : ce qui est leur déchéance et leur fin. Nul avait ajouté le religieux, parfois quelque peu sentencieux, nul ne peut porter dans son âme l’idéal de deux races, quand ces deux races s’opposent. Rappelez-vous ce qui s’est passé autrefois pour notre noblesse. Ne vous semble-t-il pas que le même malheur est en train de s’accomplir sous nos yeux pour la haute bourgeoisie canadienne-française ? Comptez-moi ces arrivistes de la politique ou de la finance qui se tiennent à l’affût