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L’APPEL DE LA RACE

Lantagnac gémissait, comme bien l’on pense, des séjours trop fréquents, trop prolongés de son pauvre William dans une telle atmosphère antifrançaise. Les plus récents événements prouvaient, à l’évidence, que le cri de guerre de Duffin n’était pas resté paroles en l’air. Au milieu des troubles scolaires qui allaient s’aggravant dans la capitale, partout l’on sentait la même main qui machinait et intriguait. Mais que pouvait oser Lantagnac pour arracher son fils à cette influence malfaisante ?

Cependant les vacances touchaient à leur fin. Le pauvre père, toujours inquiet, commençait d’espérer néanmoins qu’elles s’achèveraient sans incident. C’était au lendemain des Rois, la veille du départ de William et de Wolfred, dans l’après-midi. Madame de Lantagnac, absente, ne serait de retour que tard dans la soirée. Lantagnac venait de rentrer chez lui, un peu plus tôt que d’habitude. Installé à son cabinet de travail, il commençait la lecture de ses journaux. Tout à coup, au-dessus de lui, retentissent les éclats d’une vive discussion. Il écoute : c’est bien la voix de ses enfants. Ils se croient seuls et discutent chaudement. Lantagnac décide sans plus d’aller les joindre. Mais à peine a-t-il gravi les premières marches de l’escalier, qu’il s’arrête tout court. Il vient d’entendre Virginia qui dit :

— Papa a raison quand il soutient que les enfants doivent être de la race et de la langue de leur père. N’est-ce pas lui le chef de la famille ?