Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
168
L’APPEL DE LA RACE

se mirent à cligner, à vibrer, à battre dru comme sous le dard d’une lumière trop vive. Cependant il faisait un effort suprême pour ne pas perdre contenance. Il se leva à son tour.

— Oh ! pardon, Jules, s’écria-t-il, pardon ; je vous jure que je ne viens ici au nom de personne ; ou plutôt je viens au nom des vôtres. Ma parole, je n’ai d’autre motif que de servir vos intérêts, ceux de la cause commune.

Et il gesticulait, et son regard avait soudain retrouvé de la fermeté, et sa voix vibrait de sincérité, à tel point que Lantagnac, toujours sur la défensive, ne pouvait s’empêcher d’admirer une telle perfection dans la comédie et dans l’art de simuler.

— C’est tout de même un artiste merveilleux, se disait-il à part soi.

— Car enfin, reprenait Duffin, où serait le mal si vous acceptiez un poste qui vous conférerait l’indépendance ? Voyons, Lantagnac, vous êtes trop intelligent pour ne pas compter avec l’avenir. Vous savez bien que les Aitkens Brothers peuvent parfois vous ennuyer, vous créer des embarras, entraver votre action patriotique. Je parle parce que je sais, insinua-t-il d’un air entendu.

— Assez, assez, conclut impatiemment Lantagnac. Mon cher Duffin, mettons fin à ce discours. Vous autres, Anglo-Saxons ou Irlandais saxonisés, continua-t-il véhément, vous avez si bien l’habitude d’abandonner l’entière direction