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L’APPEL DE LA RACE

implacable lui revient par un détour et fait s’écrouler, comme un château de cartes, l’échafaudage de ses constructions fragiles. Cet homme a, depuis trop longtemps, l’habitude de mesurer chacun de ses actes à la règle rigoureuse de sa raison et de sa foi. Dans l’angoisse où il se débat, ne trouvant point à s’éclairer à une lumière décisive, sa conscience le maintient dans les balancements de l’incertitude. Le Père Fabien, sans doute, est toujours là ; c’est vers lui que son premier mouvement poussait d’abord Lantagnac. Mais il ne savait trop quelle tentation subtile l’avait fait reculer indéfiniment sa visite à Hull. À dire vrai, il croyait deviner la réponse du religieux ; il en appréhendait la rigueur. Avant d’aborder ce redoutable adversaire qu’était le Père Fabien, il sentait le besoin de se fortifier dans ses retranchements.

C’est donc toujours hésitant, mais bardé de pied en cap des raisonnements qu’il se forgeait depuis quelques jours, que le 10 mai, la veille du débat, de bonne heure dans l’après-midi, Lantagnac se présenta chez le Père Fabien. Le Père se montra quelque peu surpris de la visite du député : il ne voulut point le lui dissimuler :

— Ah ! c’est vous ? lui dit-il.

— Vous ne m’attendiez plus, n’est-ce pas ? J’ai eu tort de me faire annoncer trop tôt.

— À vous parler net, reprit le religieux, je vous ai plaint sincèrement pendant tous ces derniers jours. Ne vous voyant pas venir, je me suis