Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/210

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
210
L'APPEL DE LA RACE

à vous est un acte de devoir, un acte que vous commandent peut-être votre fonction de personne publique, vos obligations de député. Voilà l’acte qui est le vôtre.

— Mais l’acte de rupture, n’est-ce pas l’évidence même, suivra infailliblement le mien, comme la conséquence suit sa cause ? insista Lantagnac, de plus en plus pâle et nerveux. En ce cas, je veux le savoir, y a-t-il raison grave, urgente, de poser la cause ? Père Fabien, je vous le demande encore une fois : ce débat pèsera-t-il d’un tel poids sur l’avenir de l’école française de l’Ontario, que, moi, Jules de Lantagnac, je doive accepter le rôle d’un martyr ?

Ses yeux brillèrent d’un éclat fiévreux. Mais déjà, d’une voix sûre d’elle-même et martelante, où apparaissait l’empire vigoureux que la volonté reprenait très vite sur le sentiment, il ajouta avec noblesse :

— Notez-le, Père Fabien, si je ne refuse à porter le remords d’avoir détruit ma famille, je ne veux pas porter davantage celui d’avoir trahi mon devoir. Je ne veux accomplir qu’une chose, une seule : le commandement de ma conscience. Mais je prie qu’on me le dise.

— Encore une fois, mon ami, reprit doucement le religieux, c’est le problème que j’hésite à trancher, que j’eusse préféré vous voir trancher vous-même.

Le Père fit faire un demi-tour à son fauteuil, comme s’il eut voulu se dérober à une décision.