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DANS LA GRANDE ARÈNE

dir et le patrimoine commun s’accroître et se fortifier. Et une voix, voix prenante et grave, qui avait le timbre du passé profond, descendait de l’image et lui disait :

— « O notre enfant, tu souffres et tu hésites ? Sois digne de nous. Nous, les vieux et les vieilles, nous n’avons compté, tu le sais, ni avec le travail, ni avec le chagrin. Quelquefois nous avons donné pour nos descendants plus que notre vie : nous avons donné notre bonheur… Aie l’âme haute et forte, ô notre petit-fils. Pour nous aussi autrefois les journées étaient longues et dures ; souvent nous dormions debout. Quand nous entrions dans nos cercueils, rappelle-toi, c’était raidis et courbés par le dur labeur ; mais, toujours, au-dedans l’âme était restée droite. Jamais, jamais, nous n’avons eu peur ni du soleil qui brûlait, ni des tempêtes qui faisaient frémir, ni des chagrins qui faisaient blanchir. Sois digne de nous, ô notre plus glorieux enfant !… »

Heureusement la sonnerie qui annonçait le dîner vint arracher Lantagnac à cette obsession. A table une gracieuse surprise l’attendait. En face de lui une magnifique gerbe de roses s’épandait dans une jardinière. Maud était là, merveilleusement remise de sa secousse. Pour expliquer à son mari la présence des roses, elle lui rappela que le 11 mai ramenait la vigile de leur vingt-troisième anniversaire de mariage :

— Et le souvenir, ajouta-t-elle, vous en conviendrez, valait bien la peine d’être un peu fêté.