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L'APPEL DE LA RACE

— « Quelques-uns des nôtres, je le sais, se sont montrés parfaitement indignes en toute cette affaire. Lutter entre nous, quand nos intérêts et nos ennemis nous sont communs ! Mais beaucoup, même parmi les aveugles, mon cher député, ouvrent les yeux à la lumière. Et comme vous, j’y vois l’indice de notre réconciliation prochaine ».

Parmi ses compatriotes ontariens, Lantagnac croyait observer un renouveau de courage. Chaque jour, en ouvrant son courrier, il trouvait quelques lettres d’où se dégageait un espoir plus confiant. Quelques-unes de ces lettres l’émouvaient jusqu’aux larmes. C’étaient les lettres de pauvres gens, mal orthographiées, écrites sur du papier de rebut, à peine lisibles, sublimes sans s’en douter. Oui, la certitude lui en venait maintenant, irrésistible, absolue : sa race s’affranchirait, survivrait. Qu’importeraient les souffrances dans l’effort de la libération ? Il se passerait pour elle ce qui se passait pour lui-même. Echappée peu à peu à l’étreinte du conquérant, ayant vomi hors de son sein les éléments inassimilables, la race canadienne-française reconquerrait, comme Lantagnac les avait reconquises, l’autonomie de son âme, l’entière direction de sa vie. Et puisque l’aube des espérances grandioses se levait, Lantagnac voyait poindre le jour glorieux, où pleinement émancipée, maîtresse d’un territoire qui aurait l’unité géographique, administrant elle-même ses forces morales et matérielles, sa race reprendrait,