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L’APPEL DE LA RACE

songer à Wolfred. Un télégramme était là sur sa table qui lui annonçait l’arrivéê de l’étudiant par le train du soir.

— Dans une heure tout au plus, se dit-il, Wolfred sera ici. Que vient-il me dire ? De quel côté s’en ira celui-là ?

William, il le savait par Virginia, avait écrit à sa mère qu’elle eut à transporter tous ses effets chez elle. Wolfred, lui, n’avait rien écrit. Quel parti allait donc prendre l’aîné ? Lantagnac se souvint à ce moment d’une lettre reçue de Wolfred, deux mois auparavant. Dans le temps il n’avait pu la lire qu’à la course ; mais quel souvenir étrange elle lui avait laissé ! Il ouvrit un tiroir de son secrétaire et reprit la lecture des petites feuilles où se tassait une écriture fine et serrée. Wolfred confiait à son père quelques-unes de ses premières impressions sur les milieux montréalais. L’étudiant avait écrit, comme toujours, avec sa pointe de satire sèche, et une sorte de truculence verbale qui effrayaient parfois Lantagnac :

« Ah ! mon cher père, écrivait-il, il faut donc vous en parler de votre cher Montréal. Ma naïveté aussi juvénile que vierge et, je vous le confesse, pour le moins aussi vierge que juvénile, s’était promis de découvrir ici une ville française. J’allais donc voir quelque chose comme une réplique de Bordeaux ou de Lyon, la troisième ville française du monde, après Paris, quoi ! J’étais curieux d’observer une physionomie originale,