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L’APPEL DE LA RACE

— Ah ! mon ami, Dieu soit béni ! vous y êtes enfin ! Si vous saviez comme il y a longtemps que je vous attends ! Lantagnac, je m’en vais prononcer un grand mot : aujourd’hui, c’est un grand jour pour la minorité française de l’Ontario : un chef lui est né !…

Un instant les deux hommes se regardèrent sans parler, remués jusqu’au plus profond de leur être. Lantagnac rompit le premier le silence.

— Mon Père, dit-il, je vous en prie, épargnez ma faiblesse. Je n’ai pas le droit de l’oublier : je ne suis encore qu’un néophyte.

— Non pas, reprit vivement le Père Fabien, mais un converti, ce qui est bien autre chose.

— Mais le converti persévérera-t-il ? insista Lantagnac avec une humilité sincère. Parviendrai-je à me dégager entièrement ? Si vous saviez comme je me sens faible en rentrant dans mon milieu, avec cette âme nouvelle. Puis, entre mes enfants et moi, il y a quelqu’un… Ah ! je le sais trop : en les reprenant à leur éducation anglaise, c’est à leur mère d’abord que je vais les reprendre. Le pourrai-je sans me préparer une catastrophe ?

Le Père Fabien s’employa à réconforter le converti :

— N’ayez crainte, mon ami, lui dit-il avec sa grave autorité. Un aristocrate comme vous est né diplomate ; vous surmontrez l’obstacle extérieur. Quant à l’autre, n’ayez crainte davantage. Vous avez entendu quelque chose d’irrésistible : l’appel de la race. Il y a plus. Le coin de