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L’APPEL DE LA RACE

— Il y a, mon père, vous n’avez pu manquer de vous en apercevoir, il y a que notre mère est malheureuse, très malheureuse depuis quelque temps. C’est parce qu’elle se sentait seule, affreusement seule dans sa maison, a-t-elle dit, qu’elle n’a pas voulu nous laisser partir pour Loretta Abbey.

— Seule dans sa maison ? Et comment cela ? fit Lantagnac qui s’arrêta de marcher ?

— Demandez à Nellie, répondit Virginia, c’est la confidente de maman ; peut-être vous en dira-t-elle davantage. Avec moi elle se sent mal à l’aise, vous ne savez combien. Elle m’évite le plus possible. Mais je sais que souvent elle pleure.

— Et depuis quand ces malheurs et ces larmes ? demanda Lantagnac, toujours plus anxieux.

— Depuis que nous faisons du français. C’est elle, vous le savez encore, sans doute, qui a détourné William de l’Université d’Ottawa. Un matin qu’au déjeuner j’exhortais notre collégien à demeurer auprès de nous, maman a pris subitement la parole pour dire :

— C’est votre droit, William, de continuer vos études en anglais, comme c’est le droit de Virginia, je suppose, de prendre deux leçons privées de français au lieu d’une.

— Elle savait donc, ma fille, que tu allais à la rue Rideau ?

— Non, mais je l’avais dit à William.