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L’APPEL DE LA RACE

conduite de Maud il n’y a rien que de naturel, rien que d’inévitable. Mais s’il y avait autre chose ? Si outre la surprise et le chagrin d’une dépossession, s’ajoutait, comme chez moi, la reprise de l’instinct de race ?…

C’est à ce moment de son analyse que Lantagnac retraitait brusquement. Ses réflexions, repartaient par une autre route, tant il avait peur, en s’engageant dans cette voie, d’aboutir à un abîme. Sa pensée s’en allait donc, haletante, puis revenait sur elle-même, comme si le chemin, en se faisant plus long, eut pu changer d’issue.

L’abîme, il lui fallut bien, malgré qu’il en eût, l’envisager bientôt, avec tout son danger et son vertige. Un soir Lantagnac veillait seul avec Maud. Depuis une heure au moins Virginia et Nellie avaient gagné leur chambre. Entre les deux époux, cependant, la conversation languissait. À peine un mot par ci par là, une réflexion restée souvent sans réponse, rompait la monotonie du lent tic-tac de la grande horloge normande au coin du salon. Chacun tenait un livre à la main ; mais les yeux des deux erraient bien au delà des pages. Lantagnac se risqua à rompre ce demi-silence qui lui pesait :

— Êtes-vous souffrante, Maud, que vous ne parlez point ?

La tête de Maud se pencha plus profondément sur son livre. Soudain, sa poitrine se souleva dans une convulsion trop longtemps comprimée et elle éclata en sanglots.