Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/278

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274 MES MÉMOIRES de nouveau la synthèse ou la Somme de notre doctrine. Une litté¬ rature, avais-je déjà écrit, doit être consubstantielle au peuple dont elle est l’expression. Point de départ pour le collaborateur qui, en ce volume XVIIIe, expose « Nos doctrines littéraires »; il en con¬ clut que notre littérature doit être catholique, française, canadien¬ ne. Elle sera catholique — et ici l’on me cite — parce que « dans un pays aux croyances si diverses, c’est un devoir de nos esprits de confesser le Christ, l’Evangile et l’Eglise; parce que c’est dimi¬ nuer sa pensée que de la vider de sa substance religieuse, et que c’est mal servir l’Art que de le découronner de la vérité ». Déclara¬ tion qui aujourd’hui se pourrait alléger de son dogmatisme. Notre littérature doit être catholique, suffirait-il d’affirmer, et ce, tout sim¬ plement pour qu’elle soit réelle, originale, expression authentique d’un peuple de foi. L’écrivain canadien-français qui, dans son œuvre, s’applique et parvient à cacher sa foi ou à s’en dépouiller, m’a toujours fait l’effet d’une conque vidée de sa substance ani¬ male. Ce peut être un bel ornement, une potiche à poser sur une corniche, mais qui n’a rien d’un être vivant. En second lieu, disions-nous, notre littérature serait forcément française. Impossible, pour elle, par conséquent, de rompre son lien ombilical avec la France, destinée à demeurer la « patrie in¬ tellectuelle », cette France qui, « depuis des siècles, a donné les plus beaux fruits du génie latin ». Sur ce point, affirmions-nous, la doctrine de L’Action française n’avait jamais varié. Et il faudra, de parti pris, dénaturer notre doctrine pour nous prêter parfois je ne sais quel isolement intellectuel où la pensée canadienne, re¬ pliée sur elle-même et satisfaite de ses indigences, aurait nourri le dessein de rompre avec ses racines spirituelles. Attaches soli¬ des, affectueuses même à nos racines naturelles qui ne nous em¬ pêchaient pas, je l’avoue, de repousser toute forme de colonia¬ lisme intellectuel. Française, certes, notre littérature serait aussi et tout autant canadienne. De par sa langue et par certaines hé¬ rédités de l’ordre de l’esprit, le Canada français se peut considé¬ rer comme une province de France; du point de vue politique et historique, pareille filiation ou appartenance devient pur contre¬ sens. Distinction opportune, bien établie par le Père Ceslas Fo- rest, o.p.74 : 74. Marie-Ceslas Forest, voir la note 74 du troisième volume.