Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/338

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330 MES MÉMOIRES tentions. L’abbé, bien doué, grand travailleur, pouvait se per¬ mettre toutes les aspirations vers les hauts postes de l’Univer¬ sité. Dans le professeur d’histoire du Canada, aurait-il appréhen¬ dé un rival possible ? Certains agissements m’ont intrigué, au lendemain même de mon arrivée à Montréal. Mgr Bruchési char¬ ge l’abbé de m’inviter de sa part à prêcher à la messe du Saint- Esprit, jour de l’ouverture des cours à l’Université. Huit jours à peine avant la date fixée, je rencontre l’Archevêque. — « Et mon sermon, ça va ? — Quel sermon, Monseigneur ? — Mais l’abbé Chartier ne vous a pas averti ? — Point du tout. » L’Arche¬ vêque fait une tête ! J’en fais une pareille ! — « Monseigneur, il me reste trop peu de temps. Ayez pitié de moi. — Mon cher, pre¬ nez votre avion et allez !... » L’abbé avait prêché à cette messe du Saint-Esprit, les deux années précédentes. Voulait-il se réser¬ ver ce monopole, établir une tradition en sa faveur ? Au surplus, nous étions en pleine guerre. L’abbé avait écrit naguère, dans Le Devoir, des articles d’un nationalisme incandescent, articles qui, dans le temps, m’avaient fait m’exclamer et que, pour ma part, je n’aurais pas signés. Mais à mesure que s’allongeait la pre¬ mière guerre mondiale, visiblement le cher homme évoluait. Vi¬ vant à l’archevêché, dans l’entourage immédiat de l’Archevêque, ce dernier alors en coquetterie avec les politiciens participation- nistes, l’abbé Chartier vit fondre ses intransigeances comme fond au soleil une cire trop molle. Resté fidèle à mes anciennes con¬ victions, me voici devenu, par surcroît, et depuis 1917, hôte du presbytère du Saint-Enfant-Jésus, alors tenu, dans les milieux malveillants, pour un château fort nationaliste. Il arrive qu’en compagnie de l’abbé Philippe Perrier, je suis plutôt le sillage de Bourassa. Plus qu’il ne fallait peut-être pour jeter quelques nua¬ ges entre les deux amis de 1901. Le pauvre et cher abbé profite¬ rait de la « Semaine d’histoire » pour se soulager le foie. Aurait-il été déçu, chagrin, de ne pas figurer parmi les vedettes du soir ? J’avais proposé son nom à notre Comité d’organisation. Aegidius Fauteux m’avait arrêté d’un mot sec: « Ennuyant comme la pluie !» On ne lui réserva qu’un modeste cours à l’une de nos séances d’étude, et encore le dernier jour. Il prit pour sujet: « Points de vue en histoire ». Thèse qui peut se résumer ainsi: professeurs et rédacteurs d’histoire se garderont d’« apprécier une époque disparue, d’après les idées qui ont cours à l’époque