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mes mémoires

anglo-canadienne ou ne fréquentent, dans la haute bourgeoisie canadienne-française, que les milieux plus français de France que français du Canada. Froissements de parenté qui me paraissent regrettables. À l’Action française, il nous incombait, me semblait-il, de par le caractère même de notre œuvre, de jeter une passerelle sur le fossé. Henri d’Arles allait parler de culture française. L’occasion s’offrait opportune, me parut-il, d’esquisser une tentative de rapprochement entre cousins de l’un et l’autre bord de l’océan. Et, par exemple, pourquoi ne pas offrir la présidence de la soirée à quelque Français de Montréal ? De mon mieux, je plaidai la cause devant mes collègues de la Ligue. Je gagnai mon point, mais non, je dois le dire, sans vive opposition. La présidence, à la conférence d’Henri d’Arles, fut donc offerte à M. Georges Le Bidois, pour lors professeur assez terne de littérature française à l’Université montréalaise. M. Le Bidois accepta. Que me vaudra mon obligeance ? Prié de remercier le conférencier, M. Le Bidois, en bon métropolitain, ne crut mieux faire que servir aux cousins du Canada, ces coloniaux d’hier et de toujours, une bonne et verte leçon d’élémentaire sagesse politique et de charité internationale. Algarade débitée avec l’accent, le ton d’un M. Pet-de-loup, que le professeur ramassait en cette formule on ne peut plus aimable pour ceux dont il était l’invité : « Souvenez-vous, messieurs, que la France est le seul pays au monde où nationalisme ne rime pas avec égoïsme. » Et voilà ! Cela nous apprendra… Louis Dupire, journaliste au Devoir, exprima comme suit notre sentiment à tous, ce soir-là :

J’ai déjà vu un homme mettre les pieds dans les plats, mais c’est la première fois de ma vie que je vois un monsieur chausser des raquettes pour s’y promener les pieds.

Et je ferme la parenthèse.

En même temps que ces conférenciers de l’Action française donnent au public montréalais cette série de conférences, d’autres, de la même équipe, s’adressent au public de la capitale canadienne. Sous les auspices de l’Institut canadien-français, Jean Désy y va parler de Marc Lescarbot ; Émile Miller[1], de géo-

  1. Émile Miller (1884-1922), professeur et géographe. Auteur de Pour qu’on aime la géographie et de Terres et peuples du Canada.