Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/94

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94 MES MÉMOIRES te page d’histoire — la place prise tout à coup par L’Appel de la Race dans les débats de l’opinion: Aucun livre canadien n’a autant que ce roman éveillé l’attention du public. On le lit et le discute; l’on défend ou l’on combat ses idées; on se passionne pour ou contre ses théories. A ces enthousiasmes et à ces colères, on reconnaît qu’Alonié de Lestres a frappé juste. Seuls les ouvrages des maîtres ont cette fortune. Dès le 23 septembre précédent, encore dans Le Devoir, Antonio Perrault avait publié du roman, une étude pénétrante. Il confes¬ sait l’effet profond qu’il en avait ressenti à la première lecture: Mais c’est moins l’auteur que le livre que je veux aujourd’hui signaler. La forte émotion que me fit cette lecture me pousse à le faire connaître, à prier surtout nos jeunes hommes de se donner ce tonique intellectuel et moral. Il est temps d’arrêter ces citations qui, à coup sûr, deviennent gênantes. Je n’ai voulu que faire revivre un moment l’atmos¬ phère intellectuelle au Canada français et marquer, en même temps, l’effet produit par un livre dont, au surplus, on pourra penser ce que l’on voudra. Je suis moi-même entré dans la batail¬ le. Tant qu’on s’en est tenu à la discussion strictement littéraire de l’ouvrage: était-ce ou n’était-ce pas un roman ? était-il bien ou mal écrit ? je suis resté à l’écart, fort amusé par ce croisement et ces cliquetis de fleurets. Mais vint l’abbé Roy qui entreprit de contester la justesse de mes jugements sur l’état d’esprit de l’enseignement collégial à l’époque où le jeune Jules de Lantagnac faisait ses études. Le collégien avait-il reçu l’éducation nationale qui l’aurait préservé de son anglomanie ? Prétendre que oui, C’était démolir une partie du roman, et surtout provoquer ma sus¬ ceptibilité de jeune historien. De Nicolet, mon ami l’abbé Geor¬ ges Courchesne me conseille « le silence... sur les outrances de l’article du Canada français... Notre ami a prouvé, en perdant sa sérénité habituelle..., qu’il cède, dans ses réserves, à l’impulsion d’une passion, à des hargnes de parti. N’allez pas vous mettre dans votre tort en montrant de la mauvaise humeur » (lettre du 12 décembre 1922). Pourtant et peut-être à tort, je me déci¬ de à croiser le fer tout en m’abritant pudiquement derrière le pseudonyme déjà très transparent de Jacques Brassier. Donc, en