Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/27

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III

L’hiver fut long, cette année-là, et dur, avec des mares prises jusqu’au fond, avec des arbres lourds de givre, jusqu’à craquer. Des tas d’oiseaux s’en venaient tout près des portes, et Claire ou moi, on leur jetait des miettes. Un bœuf même, à ce qu’un voisin nous raconta, fut poursuivi dans les pâtures par les corbeaux, becqueté par eux. Et c’est alors que l’Homme commença à se montrer. Je vous dis ça maintenant, parce que je vois clair, mais en ce temps-là, au temps où il se révéla, il était si bellement habile, ou nous étions nous-mêmes si sottes, que tout, de lui, nous échappa. La Mère disait : « L’Homme s’habitue à nous. » En vérité, il nous changeait du tout au tout.

Ça débuta, si je me rappelle, par les cailloux. Vous savez qu’ici il y a des pierres partout. Le maître d’école disait même que la mer est venue, dans le temps, jusque chez nous. Ces pierres, nous, on ne les regardait