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PASSAGE DE L'HOMME

Tous les dimanches, nous allions à l’église. Tout le village alors était dévot, — ce qu’on appelait être dévot. Vous savez ça. Et l’Homme y venait. Nous avions, nous, un banc de retenu, tout près du chœur. Il y avait là une place pour lui, il ne voulait jamais la prendre : il s’asseyait dans les tout derniers bancs, et, le plus souvent, il restait debout de « l’Asperges me » jusqu’à « l’Ite missa est ». Il n’avait pas de livre de messe. Comme la Mère lui en offrait un, il répondit : « Je vous remercie, mais j’ai idée que je n’en ai pas besoin, que le Bon Dieu est content comme ça. »

Venir à la messe sans paroissien, c’est une chose encore que le curé aurait comprise : il ne manquait pas d’hommes qui allaient à l’église les bras ballants et les mains vides ; il n’en manquait pas, même, qui n’y allaient pas du tout, et le curé comprenait ça aussi, ou du moins plaisantait là-dessus, avec malice et sans y mettre méchanceté. Mais l’homme avait des habitudes à lui, et des croyances assurément pas catholiques. Je vois mieux ça depuis que, moi aussi, j’ai laissé la vieille religion. Au fond, Monsieur, on ne connaît les choses — les gens aussi — que lorsqu’on s’en est séparé. Ce qui fâcha d’abord Monsieur le Curé, —