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PASSAGE DE L’HOMME

plus tard, dans l’autre monde. Le Père et la Mère approuvaient. Le Père dit même : « Monsieur le Curé, il faut vivre pour savoir ça. Et l’Homme est jeune. Et c’est dur d’obéir, bien sûr. Et le plus dur, peut-être bien, c’est encore d’arriver à croire qu’il ne faut jamais qu’obéir… »

Mais l’Homme parut ne rien entendre et ne plus rien vouloir entendre. Il dit seulement : « Pour moi, si Dieu est quelque part, c’est dans la joie, nulle part ailleurs. » Il se tut, resta un moment la tête dans les mains, nous regarda d’un regard clair, et dit d’une voix toute simple, comme il eût dit : « Il fait beau temps. » : « Le vrai signe de Dieu, c’est la joie. »

Et après quoi, et en dépit des efforts de Monsieur le Curé, et des efforts du Père et de la Mère, il fut impossible de lui tirer un mot de plus, un mot au moins qui réserverait l’avenir et qui permettrait au Curé de ne pas repartir sans espoir. L’Homme était de très bonne humeur, il désirait qu’on parle d’autre chose. Oui, c’était là l’affaire de Dieu, il fallait s’en remettre à Lui, et prier les uns pour les autres. « Monsieur le Curé, avez-vous jamais vu un poulain tout neuf, un petit poulain né d’hier ?… » Mais Monsieur le Curé était pressé, la grande pluie s’était arrêtée, les gouttières