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PASSAGE DE L’HOMME

parmi la paille. Le Père aurait voulu le chasser, mais l’Homme lui dit : « Laissez, laissez, il y a de la place pour tout le monde. Est-ce que l’Enfant n’est pas venu aussi pour les bêtes ? » Et l’Homme se rapprocha du feu et il ouvrit la Bible aux Évangiles de la Nativité. Et il nous lut lentement les mots. Et quant il eut fini et qu’on eut prié tous ensemble, pas à voix haute, mais dans nos cœurs, prié sans savoir qu’on priait, il nous conta cette nuit de Noël fêtée par Saint François d’Assise en pleine campagne et dans la neige, avec toutes ces étoiles au-dessus, qui regardaient. Il nous contait cela quand les cloches se mirent à sonner, toutes les cloches qu’on entend d’ici et qui s’en viennent de cinq villages. Et quand elles se furent toutes calmées, il en vint une de par delà le Fleuve, puis deux autres. Et l’Homme les écouta avec une grande joie dans les yeux. Elles se perdaient parfois parmi les vents, comme étouffées sous la bise et la neige, puis revenaient plus claires encore. Et enfin, elles se turent aussi. Le père alla à la fenêtre, et il entr’ouvrit les rideaux. Sur la colline qui est derrière celle où demeure Celui des Hauts, la Grande Colline, comme on l’appelle, toute la Moustière était illuminée. Car en ce temps-là il y avait des moines, de ceux qui ne sortent