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PASSAGE DE L’HOMME

cement. Il dit que Celui des Hauts pouvait partir en paix, qu’on l’avait bien aimé ici, qu’il n’était pas un mauvais homme, qu’en tous cas nous ne valions pas mieux que lui, et que ce n’était pas à nous à être durs. Dieu, sans doute, aurait pitié de lui. Et l’Homme parlait à Celui des Hauts, comme si Celui des Hauts avait pu l’entendre. Il lui rappelait nos bonnes soirées, la veillée de Noël, et tel baptême ou tel mariage, où Celui des Hauts avait chanté. Et il s’excusa, en terminant, de ne pas pouvoir rester plus longtemps à bavarder : il y avait les foins à faire, il comprenait bien ça, Celui des Hauts, et qu’on n’est jamais sûr du temps. On reviendrait. On reviendrait quelque dimanche, oui, tous ensemble, pour bavarder un peu… La mort était devenue très douce. Des enfants souriaient, et la grande femme ne pleurait plus. On se disait qu’on avait pleuré sans savoir pourquoi, par habitude. Celui des Hauts nous paraissait plus vivant que jamais : qui donc, maintenant, pourrait nous séparer de lui ?

Mais le Sacristain rapporta la chose à Monsieur le Curé, et le soir même, et pour la dernière fois, Monsieur le Curé s’en vint chez nous. Il avait un visage fermé. Il était décidé à ne rien entendre, il venait là pour condam-