Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/82

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IX

Vint un moment où l’Homme cessa de faire des Choses. Aux soirs d’été, ou les dimanches après-midi, il regardait ses mains, tout tristement, comme quelqu’un qui n’a plus de goût à vivre. Et il disait à Claire : « Il nous faudra partir, et peut-être que c’est bientôt. » La vue des enfants même, ne le consolait pas. Bien plutôt elle l’inquiétait. Car ils écoutaient maintenant tout ce qu’il disait, sans rien demander. Ils écoutaient avec des yeux ravis, avec les yeux fermés parfois, comme des petits quand le sommeil les prend. Et lui ne se pardonnait pas d’être admiré. Il leur disait : « Si vous alliez aux Iles… » Et il disait cela aux gens aussi. Mais personne ne désirait plus aller aux Iles : l’Homme était là, et des miracles l’entouraient, la vie était devenue bonne, la mort peut-être demain serait une vieille histoire : il ne fallait qu’avoir confiance en l’Homme. « Vous qui savez, vous qui pouvez… » c’étaient