Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/85

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X

Et le Père se mit à décliner. Et un beau jour, il fut allongé dans le lit de la grande chambre, souriant, comme s’il eût été endormi. Sa fin avait été heureuse. Il y a des gens qui s’arrachent de terre tout d’un coup, et c’est dur. Lui, il avait mis, peu à peu, de la distance entre la terre et lui. On ne savait plus trop ce qu’il disait ; et ce qu’il faisait, bien qu’il le fît toujours avec le même soin, on voyait qu’il ne le faisait qu’en s’y prêtant. Tout lui était devenu égal. La Mère s’en agaçait un peu, et elle le rudoyait parfois, mais il lui répondait avec un tel sourire, qu’elle se mettait à lui sourire aussi, et la dispute était finie. Il n’était vraiment attentif qu’à nos chansons. Il nous arrivait, à Claire ou à moi, de chanter un des airs de Celui des Hauts, et alors le Père écoutait, de tous ses yeux et de tout son cœur. Sûrement, s’il a eu regret de la terre, au moment de partir, c’est à cause de ce qu’on y chante. Il lui arriva quel-