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PASSAGE DE L’HOMME

était encore là… Mais puisque vous nous restez, et que le Père était consentant… si vous vouliez… »

Elle dit : « C’est bon. Vous me prêterez votre grand livre, vous l’ouvrirez aux pages où il est parlé de ces choses. Je vous lirai. Et si nous prions comme il faut, le Bon Dieu sera avec nous. »

Elle se tut un moment et ajouta : « Le Bon Dieu ? non, pas le Bon Dieu, mais l’Éternel. Et puis, au printemps, vous partirez. Seulement, si vous voulez me revoir, ne tardez pas trop à revenir : il y a loin d’ici aux Iles ! »

Cette année-là, il y avait beaucoup de neige sur nos pays. Un dur hiver. On était là dans la cuisine, presque tout le jour, à se chauffer à la cheminée. L’Homme ne sortait guère que pour aller chercher du bois ou donner à manger aux vaches. Il ne nous venait plus d’enfants, à cause des chemins et du froid. On était comme coupés du monde. L’Homme pensait, les mains sur les genoux, ou s’occupait, de son couteau, à tailler quelque « Chose des Iles », ou il lisait dans sa grosse Bible ; parfois il lisait à voix haute. Parfois aussi il allait chercher dans l’armoire, où elles étaient roulées derrière une pile de draps, de très vieilles cartes, curieusement