Page:Grout - Passage de l'homme, 1943.djvu/94

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XII

Les jours allongèrent peu à peu, les routes dégelèrent, un beau matin on entendit le bruit du Fleuve, et alors le printemps arriva. Des enfants nous vinrent du village, quelques enfants, et en cachette. Ils nous dirent que là-haut l’hiver avait été très dur : il était mort beaucoup de gens, d’une maladie qu’on ne connaissait pas. Ils ajoutèrent que le Curé en avait parlé un dimanche, dans son sermon, qu’il avait dit que cette terrible maladie était la punition de Dieu, que Dieu avait des raisons de n’être pas content, que Dieu n’est jamais content lorsque, dans un village, il y a un homme du démon. Et le Maître d’École aussi avait plusieurs fois parlé aux enfants, et il était allé chez l’un et chez l’autre, disant que cette maladie qui était tombée sur le village, elle existait depuis toujours de l’autre côté du Fleuve, qu’on devrait bien prendre des précautions, et ne pas laisser s’installer chez nous des étrangers. C’est du moins ce