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PASSAGE DE L’HOMME

Fossoyeur, qui soupait ce soir-là au Presbytère, et qui avait tout entendu, que le Maître d’École était venu voir Monsieur le Curé. Il fallait se mettre tout à fait d’accord et en finir. C’était, avait dit solennellement l’instituteur, une question de « salut public ». À quoi le Curé avait répondu : « C’est une question de salut, Monsieur l’instituteur. Oui, d’abord une question de salut ! Ce sont des âmes qu’il faut sauver ! » Le Fossoyeur n’avait retenu, sans les bien comprendre, que ces mots solennels du début. Le reste lui avait échappé, tout occupé qu’il était à manger, et aussi à creuser ces grandes phrases. Pourtant il croyait se rappeler que le Curé avait parlé du Feu. Oui, il avait parlé du Feu du Ciel, du Feu de la colère de Dieu, et l’instituteur avait dit en sortant : « Il faut porter le fer rouge où est le mal. Je reviendrai. Monsieur le Curé. »

Le Fossoyeur nous racontait tout ça. C’était la nuit. Il était venu en se cachant. Il aurait voulu s’en retourner avec une Chose des Iles, pour une fille qui allait mourir, mais il n’y avait plus chez nous de Choses des Iles : l’Homme les avait toutes données, et quelques-unes, déjà, étaient brûlées : « Prie pour elle, lui dit l’Homme, de tout ton cœur, et moi je prierai avec toi. Mais ne maudis pas Dieu