Page:Guillard - Étude sur les drames consacrés à Jeanne d’Arc, 1844.djvu/17

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Il ne nous reste qu’à rechercher ses cendres, et à mêler nos voix à ce chœur de femmes, d’hommes, de vieillards qui pleurent l’horrible fin de la libératrice de la France, jusqu’à ce que des voix angéliques viennent leur dévoiler sa gloire éternelle.

N’est-ce point là ce type sublime et doux, éclos du cœur d’une artiste royale au printemps de ses jours et de son génie ! Et n’étions-nous pas en droit de dire que M. Porchat semblait avoir consacré sa muse à mettre en scène la Jeanne d’Arc de la princesse Marie ?

On nous pardonnera d’insister si longtemps sur l’œuvre nouvelle, maintenant qu’on peut voir à quel point elle diffère de toutes celles qui l’ont précédée : et ce n’est pas seulement par la création de ce caractère, qui suffirait pourtant pour placer son auteur au rang le plus honorable, et par le pathétique qui en résulte ; c’est encore par l’exactitude historique, par l’observation parfaite des convenances, par la pureté de la morale, par l’appropriation du style au sujet.

Tout, dans la Mission de Jeanne d’Arc, est rigoureusement conforme à la vérité, tout jusqu’aux détails des combats et du procès, jusqu’aux noms propres et aux caractères des personnages. À cet égard nous ne reprocherions à M. Porchat que d’avoir oublié peut-être le fameux avis : « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. » Ainsi deux des circonstances les plus saisissantes de son drame, la hardiesse de Jeanne à s’élancer du haut de la prison et la mort subite de Magistri, sont toutes deux justifiées par les chroniques ; mais peut-être aurait-il fallu ou les expliquer ou les amener davantage pour qu’elles fussent admises facilement et même comprises par le lecteur. Magistri est le seul personnage un peu important de la pièce dont le nom ne soit point historique : mais sa vie entière est celle de cet infâme Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, chassé de son siège par ses diocésains à cause de son attachement aux Anglais, qui réclama Jeanne pour la condamner, et mourut subitement en 1443, excommunié par le pape et désavoué par son neveu et successeur Guillaume Cauchon. M. Porchat n’a point voulu livrer un évêque au mépris de notre siècle, et son Magistri n’est, comme Loyseleur, qu’un de ces fourbes usurpateurs