Page:Guizot - Histoire générale de la civilisation en Europe, 1838.djvu/122

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qu’il y contracte, à ces domaines qu’il commence à se promettre de laisser à ses enfants, à cette habitation qu’il appellera un jour son château, à ce misérable rassemblement de colons et d’esclaves qui deviendra un jour un village. Partout se forment de petites sociétés, de petits États taillés, pour ainsi dire, à la mesure des idées et de la sagesse des hommes. Entre ces sociétés s’introduit peu à peu le lien dont les mœurs barbares contiennent le principe, le lien d’une confédération qui ne détruit point l’indépendance individuelle. D’une part, chaque homme considérable s’établit dans ses domaines, seul avec sa famille et ses serviteurs ; de l’autre, une certaine hiérarchie de services et de droits se règle entre tous ces propriétaires guerriers épars sur le territoire. Qu’est-ce donc là, Messieurs ? C’est le régime féodal qui surgit définitivement du sein de la barbarie. Des divers éléments de notre civilisation, il était naturel que l’élément germanique prévalût le premier ; à lui était la force, il avait conquis l’Europe ; c’était de lui qu’elle devait recevoir sa première forme, sa première organisation sociale. C’est ce qui arriva. La féodalité, son caractère, le rôle qu’elle a joué dans l’histoire de la civilisation européenne, tel sera donc l’objet de notre prochaine leçon ; et dans le sein du régime féodal victorieux, nous rencontrerons à chaque pas les autres éléments de notre société, la royauté, l’Église, les communes ; et nous pressentirons sans peine qu’ils ne sont point destinés à succomber sous cette forme féodale à laquelle ils s’assimilent, en luttant contre elle, et en attendant que l’heure de la victoire vienne pour eux à leur tour.


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