Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/120

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pointe du Raz, Audierne, Penmarch, le Morbihan, enfin toute cette pointe célèbre du pays breton. Cela me prendra bien…

Après un silence plein de calculs fictifs, il exagéra :

— Quinze ou vingt jours.

— C’est beaucoup, reprit-elle en riant… Moi, si j’ai encore mal aux nerfs comme cette nuit, j’y retournerai avant deux jours.

Suffoqué par l’émotion, il eut envie de crier : Merci ! Il se contenta de baiser, d’un baiser d’amant, la main qu’elle lui tendait pour la dernière fois.

Et, après mille compliments, remerciements et affirmations de sympathie échangés avec les Valsaci et M. de Pradon, un peu rassuré par l’annonce de ce voyage, il monta dans sa voiture, et s’éloigna, la tête tournée vers elle.

Il rentra à Paris sans s’arrêter, et ne vit rien sur sa route. Durant toute la nuit, encoigné dans son wagon, les yeux mi-clos, les bras croisés, l’âme plongée dans un souvenir, il n’eut d’autre pensée que celle de ce rêve réalisé. Dès qu’il fut chez lui, dès sa première minute d’arrêt, dans le silence de la bibliothèque où il se tenait d’ordinaire, où il travaillait, où il écrivait, où il se sentait presque toujours calme dans le voisinage amical de ses livres, de son piano et de son violon, commença en lui ce supplice continu de l’impatience qui agite comme une fièvre les cœurs insatiables. Surpris de ne pou-