Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/128

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poétiquement. Tout ce qu’il lui avait écrit en tant de lettres exaltées, il l’exprima avec une telle ferveur de conviction qu’elle l’écoutait comme dans un nuage d’encens. Elle se sentait caressée, en toutes ses fibres de femme, par cette bouche adoratrice, plus et mieux qu’elle ne l’avait jamais été.

Quand il se tut, elle lui répondit simplement :

— Moi aussi, je vous aime bien !

Ils se tenaient la main ainsi que les adolescents qui s’en vont côte à côte par les routes de campagne, et ils regardaient maintenant, d’un œil vague, glisser sur la rivière les mouches à vapeur. Ils étaient seuls dans Paris, dans la rumeur confuse, immense, rapprochée et lointaine qui flottait sur eux, dans cette ville pleine de toute la vie du monde, plus qu’ils n’avaient été seuls au sommet de la tour aérienne ; et pendant quelques secondes ils oublièrent vraiment tout à fait qu’il existait sur la terre autre chose qu’eux.

Ce fut elle qui retrouva la première le sentiment de la réalité, et celle de l’heure qui marchait.

— Voulez-vous nous revoir ici demain ? dit-elle.

Il réfléchit quelques secondes, et, troublé par ce qu’il allait demander :

— Oui… oui… certainement… Mais… ne nous verrons-nous jamais ailleurs ?… Cet endroit est solitaire… Cependant… tout le monde peut y venir.

Elle hésitait.

— C’est juste… Il faut pourtant aussi que vous ne