Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/179

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pénétrer pour la première fois en elle l’impérieuse envie d’ouvrir les bras.

Il était déjà jaloux de l’avenir, comme il avait été, par moments, jaloux du passé inconnu ; et tous les intimes de la jeune femme commençaient à devenir jaloux de lui. Ils en jasaient entre eux, et faisaient même devant elle de très discrètes et obscures allusions. Pour les uns, il était son amant. Les autres, suivant l’opinion de Lamarthe, prétendaient qu’elle s’amusait, comme toujours, à l’affoler, lui, pour les énerver et les exaspérer, eux, et rien de plus. Son père s’émut, et lui fit des observations qu’elle reçut avec hauteur ; et plus elle voyait la rumeur croître autour d’elle, plus elle s’obstina à témoigner ouvertement ses préférences à Mariolle, par une bizarre contradiction avec toute la prudence de sa vie.

Mais lui s’inquiétait un peu de ces mesures de suspicion. Il lui en parla.

— Que m’importe ! dit-elle.

— Au moins si vous m’aimiez d’amour !

— Est-ce que je ne vous aime pas, mon ami ?

— Oui, et non. Vous m’aimez bien chez vous, et mal ailleurs. Je préférerais le contraire pour moi, et même aussi pour vous.

Elle se mit à rire en murmurant :

— On fait ce qu’on peut.

Il reprit :

— Si vous saviez dans quelle agitation me jettent