Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/189

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jour, rien qu’une heure, soit avant, soit après, que vous pourriez m’aimer autrement ?

Elle fut embarrassée pour répondre et réfléchit quelques instants.

Il attendait avec angoisse, et reprit :

— Vous voyez bien, vous voyez bien que vous avez aussi rêvé autre chose.

Elle murmura lentement :

— J’ai pu me tromper un instant sur moi-même.

Il s’écria :

— Oh ! que de finesse et de psychologie ! On ne raisonne pas ainsi les élans du cœur.

Elle songeait encore, intéressée par sa propre pensée, par cette recherche, par ce retour sur elle, et elle ajouta :

— Avant de vous aimer comme je vous aime, j’ai pu croire un moment, en effet, que j’aurais pour vous plus de… plus de… plus d’emballement… mais alors j’aurais été certainement moins simple, moins franche… peut-être moins sincère, plus tard.

— Pourquoi moins sincère, plus tard ?

— Parce que vous enfermez l’amour dans cette formule : « Tout ou rien », et ce « tout ou rien » signifie, à mon sens : « Tout d’abord, puis Rien ensuite ». C’est quand le rien commence que la femme se met à mentir.

Il répliqua, très énervé :

— Mais vous ne comprenez pas ma misère et la torture de penser que vous auriez pu m’aimer autre-