Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/190

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ment ? Vous l’avez senti ; donc c’est un autre que vous aimerez ainsi.

Elle répondit sans hésiter :

— Je ne crois pas.

— Et pourquoi ? oui pourquoi ? Du moment que vous avez eu le pressentiment de l’amour, que vous avez été effleurée par le soupçon de cet irréalisable et torturant espoir de mêler sa vie, son âme et sa chair avec celles d’un autre être, de disparaître en lui et de le prendre en soi, que vous avez senti la possibilité de cette inexprimable émotion, vous subirez cela un jour ou l’autre.

— Non. C’est mon imagination qui m’a trompée, et qui s’est trompée sur moi. Je vous donne tout ce que je peux donner. J’y ai beaucoup réfléchi depuis que je suis votre maîtresse. Remarquez que je n’ai peur de rien, pas même des mots. Vraiment je suis tout à fait convaincue que je ne peux pas aimer davantage ni mieux que je ne le fais en ce moment. Vous voyez que je vous parle comme je me parle à moi-même. Je fais cela parce que vous êtes très intelligent, que vous comprenez tout, que vous pénétrez tout et que ne vous rien cacher est le meilleur, le seul moyen de nous lier étroitement et pour longtemps. Voilà ce que j’espère, mon ami.

Il l’écoutait comme on boit quand on meurt de soif, et il tomba à genoux, le front sur sa robe. Il tenait les deux petites mains sous sa bouche, en répétant : « Merci ! merci ! » — Quand il eut relevé