Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/216

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sait l’odeur de ce salon, de ces étoffes, une douce odeur d’iris, aristocrate et simple ! Là il avait tressailli de toutes les attentes, tremblé à toutes espérances, exploré toutes les émotions, et, pour finir, toutes les détresses. Il serrait, comme les mains d’un ami qu’on abandonne, les bras du large fauteuil où il avait si souvent causé avec elle en la regardant sourire et parler. Il aurait voulu qu’elle ne vînt pas, que personne ne vînt, et rester là, seul, toute la nuit, rêvant à son amour, comme on veille près d’un mort. Puis il serait parti, dès l’aurore, pour longtemps, peut-être pour toujours.

La porte de la chambre s’ouvrit. Elle parut, et vint à lui, la main tendue. Il se maîtrisa, et ne laissa rien voir. Ce n’était pas une femme, mais un bouquet vivant, un inimaginable bouquet.

Une ceinture d’œillets serrait sa taille et descendait autour d’elle jusqu’à ses pieds, en cascades. Autour des bras nus et des épaules courait une guirlande emmêlée de myosotis et de muguets, tandis que trois orchidées féeriques semblaient sortir de sa gorge et caressaient la chair pâle des seins de leur chair rose et rouge de fleurs surnaturelles. Ses cheveux blonds étaient poudrés de violettes d’émail où luisaient de minuscules diamants. D’autres brillants, tremblant sur des épingles d’or, scintillaient comme de l’eau dans la garniture embaumée du corsage.

— J’aurai la migraine, dit-elle, mais tant pis ! ça me va bien.