Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/293

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Burne, assise sur un canapé, se leva, et, souriante, d’un sourire un peu réservé, avec une légère contrainte dans le visage et dans l’attitude, elle lui tendit la main en disant :

— Je viens prendre de vos nouvelles, le télégraphe ne m’en donnant pas d’assez complètes.

Il était devenu si pâle devant elle, qu’elle eut dans les yeux une lueur de joie ; et il demeurait si oppressé d’émotion qu’il ne pouvait encore parler et qu’il tenait seulement sur sa bouche la main qu’elle lui avait offerte.

— Dieu ! que vous êtes bonne ! dit-il enfin.

— Non, mais je n’oublie pas mes amis, et je m’en inquiète.

Elle le regardait bien en face, profondément, de ce premier regard de femme qui surprend tout, fouille les pensées jusqu’aux racines, et dévoile toutes les feintes. Elle fut sans doute satisfaite, car sa figure s’éclaira d’un sourire.

Elle reprit :

— C’est gentil, votre ermitage. On est heureux là-dedans ?

— Non, madame.

— Est-ce possible ? Dans ce joli pays, dans cette belle forêt, sur ce petit ruisseau charmant ? Mais vous devez être tranquille et tout à fait content ici !

— Non, madame.

— Pourquoi donc ?

— Parce qu’on n’y oublie pas.