Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/300

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— À ceci : il n’y a point de passion qui persiste très longtemps, je veux dire de passion brûlante, torturante, comme celle dont vous souffrez encore. C’est une crise que je vous ai rendue pénible, très pénible, je le sais et je le sens, par… l’aridité de ma tendresse et ma paralysie d’expansion. Mais cette crise passera, car elle ne peut durer éternellement.

Elle se tut. Anxieux, il interrogea :

— Et alors ?

— Alors je considère que pour une femme raisonnable et calme comme moi vous pouvez devenir un amant tout à fait agréable, car vous avez beaucoup de tact. Vous seriez, par contre, un atroce mari. Mais il n’existe pas, il ne peut pas exister de bons maris.

Il demanda, surpris, un peu froissé :

— Pourquoi garder un amant qu’on n’aime pas, ou qu’on n’aime plus ?

Elle répliqua vivement :

— J’aime à ma façon, mon ami. J’aime sèchement, mais j’aime.

Il reprit, résigné :

— Vous avez surtout le besoin qu’on vous aime et qu’on le montre.

Elle réplique :

— C’est vrai. J’adore ça. Mais mon cœur aussi a besoin d’un compagnon caché. Ce goût vaniteux des hommages publics ne m’empêche pas de pouvoir être dévouée et fidèle, et de croire que je sau-