Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/34

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


vous de meilleure musique que dans n’importe quelle maison de Paris.

— Oui, grâce à lui.

— Et la littérature, vous ne l’aimez pas ?

— Je l’aime beaucoup, et j’ai même la prétention de la sentir fort bien, malgré l’avis de Lamarthe.

— Qui juge aussi que vous n’y comprenez rien ?

— Naturellement.

— Mais qui ne vous l’a pas dit non plus.

— Pardon ! il me l’a dit, celui-là. Il prétend que certaines femmes peuvent avoir une perception délicate et juste des sentiments exprimés, de la vérité des personnages, de la psychologie en général, mais qu’elles sont totalement incapables de discerner ce qu’il y a de supérieur dans sa profession, l’art. Quand il a prononcé ce mot, l’art, il n’y a plus qu’à le mettre à la porte.

Mariolle demanda en souriant :

— Et vous, qu’en pensez-vous, madame ?

Elle réfléchit quelques secondes, puis le regarda bien en face pour voir s’il était tout disposé à l’écouter et à la comprendre.

— Moi, j’ai des idées là-dessus. Je crois que le sentiment, vous entendez bien — le sentiment — peut faire tout entrer dans l’esprit d’une femme ; seulement ça n’y reste pas souvent. Y êtes-vous ?

— Non, pas tout à fait, madame.

— J’entends par là que pour nous rendre compré-