Page:Guy de Maupassant - Notre Cœur.djvu/98

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de cœur était morte. Elle attendait trop de leur valeur, de leur nature, de leur caractère, de leur délicatesse, de leurs qualités. Avec chacun d’eux elle en avait été toujours réduite à constater que les défauts des hommes éminents sont souvent plus saillants que leurs mérites, que le talent est un don spécial, comme une bonne vue et un bon estomac, un don de cabinet de travail, un don isolé, sans rapports avec l’ensemble des agréments personnels qui rendent cordiales ou attrayantes les relations.

Mais, depuis qu’elle avait rencontré Mariolle, autre chose l’attachait à lui. L’aimait-elle cependant, l’aimait-elle d’amour ? Sans prestige, sans notoriété, il l’avait conquise par son affection, par sa tendresse, par son intelligence, par toutes les véritables et simples attractions de sa personne. Il l’avait conquise, car elle pensait à lui sans cesse ; sans cesse elle désirait sa présence ; aucun être au monde ne lui était plus agréable, plus sympathique, plus indispensable. Était-ce de l’amour cela ?

Elle ne se sentait point à l’âme cette flamme dont tout le monde parle, mais elle s’y sentait pour la première fois une envie sincère d’être pour cet homme quelque chose de plus qu’une amie séduisante. L’aimait-elle ? Pour aimer, faut-il qu’un être apparaisse rempli d’exceptionnelles attirances, différent et au-dessus de tous, dans l’auréole que le cœur allume autour de ses préférés, ou suffit-il qu’il