Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/105

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croit tout ce qu’on lui dit. Il est jaloux pour mon mari ; et il recommencera certainement. Alors, j’aurais un petit pistolet, je serais tranquille, et sûre de me venger. »

Jeanne promit d’envoyer l’arme, embrassa tendrement sa nouvelle amie, et continua sa route.

Le reste de son voyage ne fut plus qu’un songe, un enlacement sans fin, une griserie de caresses. Elle ne vit rien, ni les paysages, ni les gens, ni les lieux où elle s’arrêtait. Elle ne regardait plus que Julien.

Alors commença l’intimité enfantine et charmante des niaiseries d’amour, des petits mots bêtes et délicieux, le baptême avec des noms mignards de tous les détours et contours et replis de leurs corps où se plaisaient leurs bouches.

Comme Jeanne dormait sur le côté droit, son téton du côté gauche était souvent à l’air au réveil. Julien, l’ayant remarqué, appelait celui-là : « monsieur de Couche-dehors » et l’autre « monsieur Lamoureux », parce que la fleur rosée du sommet semblait plus sensible aux baisers.

La route profonde entre les deux devint « l’allée de petite mère » parce qu’il s’y promenait sans cesse ; et une autre route plus secrète fut dénommée le « chemin de Damas » en souvenir du val d’Ota.

En arrivant à Bastia, il fallut payer le guide. Julien fouilla dans ses poches. Ne trouvant point ce qu’il lui fallait, il dit à Jeanne : « Puisque tu ne te sers pas des deux mille francs de ta mère, donne-les-moi donc à porter. Ils seront plus en sûreté dans ma ceinture ; et cela m’évitera de faire de la monnaie. »

Et elle lui tendit sa bourse.