Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/158

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Ils s’assirent devant le lit et Jeanne aussitôt commença. Elle dit tout, doucement, d’une voix faible, avec clarté : le caractère bizarre de Julien, ses duretés, son avarice, et enfin son infidélité.

Quand elle eut fini, le baron vit bien qu’elle ne divaguait pas, mais il ne savait que penser, que résoudre et que répondre.

Il lui prit la main, d’une façon tendre, comme autrefois quand il l’endormait avec des histoires. « Écoute, ma chérie, il faut agir avec prudence. Ne brusquons rien ; tâche de supporter ton mari jusqu’au moment où nous aurons pris une résolution… Tu me le promets ? » Elle murmura : « Je veux bien, mais je ne resterai pas ici quand je serai guérie. »

Puis, tout bas, elle ajouta : « Où est Rosalie maintenant ? »

Le baron reprit : « Tu ne la verras plus. » Mais elle s’obstinait. « Où est-elle ? je veux savoir. » Alors il avoua qu’elle n’avait point quitté la maison ; mais il affirma qu’elle allait partir.

En sortant de chez la malade, le baron tout chauffé par la colère, blessé dans son cœur de père, alla trouver Julien, et, brusquement : « Monsieur, je viens vous demander compte de votre conduite vis-à-vis de ma fille. Vous l’avez trompée avec votre servante ; cela est doublement indigne. »

Mais Julien joua l’innocent, nia avec passion, jura, prit Dieu à témoin. Quelle preuve avait-on d’ailleurs ? Est-ce que Jeanne n’était pas folle ? ne venait-elle pas d’avoir une fièvre cérébrale ? ne s’était-elle pas sauvée par la neige, une nuit, dans un accès de délire, au début de sa maladie ? Et c’est justement au milieu de