Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/201

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entre ces grandes arches de la falaise qu’on nomme les portes d’Étretat, et tout doucement elle gagna le bois. Il pleuvait de la lumière à travers la verdure encore grêle. Elle cherchait l’endroit sans le retrouver, errant par les petits chemins.

Tout à coup, en traversant une longue allée, elle aperçut tout au bout deux chevaux de selle attachés contre un arbre, et elle les reconnut aussitôt ; c’étaient ceux de Gilberte et de Julien. La solitude commençait à lui peser ; elle fut heureuse de cette rencontre imprévue ; et elle mit au trot sa monture.

Quand elle eut atteint les deux bêtes patientes, comme accoutumées à ces longues stations, elle appela. On ne lui répondit pas.

Un gant de femme et les deux cravaches gisaient sur le gazon foulé. Donc ils s’étaient assis là, puis éloignés, laissant leurs chevaux.

Elle attendit un quart d’heure, vingt minutes, surprise, sans comprendre ce qu’ils pouvaient faire. Comme elle avait mis pied à terre, et ne remuait plus, appuyée contre un tronc d’arbre, deux petits oiseaux, sans la voir, s’abattirent dans l’herbe tout près d’elle. L’un d’eux s’agitait, sautillait autour de l’autre, les ailes soulevées et vibrantes, saluant de la tête et pépiant ; tout à coup ils s’accouplèrent.

Jeanne fut surprise comme si elle eût ignoré cette chose ; puis elle se dit : « C’est vrai, c’est le printemps ; » puis une autre pensée lui vint, un soupçon. Elle regarda de nouveau le gant, les cravaches, les deux chevaux abandonnés ; et elle se remit brusquement en selle avec une irrésistible envie de fuir.

Elle galopait maintenant en retournant aux Peuples.