Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


nouveau ses caresses la faisait frémir de répugnance.

Elle s’y serait pourtant résignée, tant l’envie d’être encore mère la harcelait ; mais elle se demandait comment pourraient recommencer leurs baisers ? Elle serait morte d’humiliation plutôt que de laisser deviner ses intentions ; et il ne paraissait plus songer à elle.

Elle y eût renoncé peut-être ; mais voilà que, chaque nuit, elle se mit à rêver d’une fille ; et elle la voyait jouant avec Paul sous le platane ; et parfois elle sentait une sorte de démangeaison de se lever, et d’aller, sans prononcer un mot, trouver son mari dans sa chambre. Deux fois même elle se glissa jusqu’à sa porte ; puis elle revint vivement, le cœur battant de honte.

Le baron était parti ; petite mère était morte ; Jeanne maintenant n’avait plus personne qu’elle pût consulter, à qui elle pût confier ses intimes secrets.

Alors elle se résolut à aller trouver l’abbé Picot, et à lui dire, sous le sceau de la confession, les difficiles projets qu’elle avait.

Elle arriva comme il lisait son bréviaire dans son petit jardin planté d’arbres fruitiers.

Après avoir causé quelques minutes de choses et d’autres, elle balbutia, en rougissant : « Je voudrais me confesser, monsieur l’abbé. »

Il demeura stupéfait, et releva ses lunettes pour la bien considérer ; puis il se mit à rire. « Vous ne devez pourtant pas avoir de gros péchés sur la conscience. » Elle se troubla tout à fait, et reprit : « Non, mais j’ai un conseil à vous demander, un conseil si… si… si pénible que je n’ose pas vous en parler comme ça. »

Il quitta instantanément son aspect bonhomme, et