Page:Guy de Maupassant - Une vie.djvu/42

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une admiration caressante et une sympathie éveillée.

M. de Lamare, le père, mort l’année précédente, avait justement connu un ami de M. des Cultaux dont petite mère était fille ; et la découverte de cette connaissance enfanta une conversation d’alliances, de dates, de parentés interminable. La baronne faisait des tours de force de mémoire, rétablissant les ascendances et les descendances d’autres familles, circulant, sans jamais se perdre, dans le labyrinthe compliqué des généalogies.

— Dites-moi, vicomte, avez-vous entendu parler des Saunoy de Varfleur ? le fils aîné, Gontran, avait épousé une demoiselle de Coursil, une Coursil-Courville, et le cadet, une de mes cousines, Mlle de la Roche-Aubert qui était alliée aux Crisange. Or M. de Crisange était l’ami intime de mon père et a dû connaître aussi le vôtre.

— Oui, Madame. N’est-ce pas ce M. de Crisange qui émigra et dont le fils s’est ruiné ?

— Lui-même. Il avait demandé en mariage ma tante, après la mort de son mari, le comte d’Éretry ; mais elle ne voulut pas de lui parce qu’il prisait. Savez-vous, à ce propos, ce que sont devenus les Viloise ? Ils ont quitté la Touraine vers 1813, à la suite de revers de fortune, pour se fixer en Auvergne, et je n’en ai plus entendu parler.

— Je crois, Madame, que le vieux marquis est mort d’une chute de cheval, laissant une fille mariée avec un Anglais, et l’autre avec un certain Bassolle, un commerçant, riche, dit-on, et qui l’avait séduite.

Et des noms appris et retenus dès l’enfance dans les conversations des vieux parents revenaient. Et les