Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/298

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peur : ses petites mains remuaient comme des feuilles.

Elle se jeta sur son lit et s’y enfouit le visage.

Peu après, elle descendit en elle, et constata qu’elle venait d’accomplir une sottise.

Elle ne la pardonna pas à Georges, qui l’y avait poussée, et sa rancune s’exagéra devant la prévision des mille désagréments qui ne manqueraient pas de l’assaillir : une existence précaire, désorientée, les tracas d’une situation fausse, les cancans, des procès peut-être, des regrets, des luttes… Il y avait là pourtant bien des choses faites pour la séduire, mais puisqu’elle tenait quelqu’un à qui les reprocher, elle n’envisageait pour l’instant que leurs côtés pénibles. Sa vie était brisée, en somme, pour et par le caprice de ce coureur de gueuses ! Elle voulut n’y plus réfléchir, car son emportement redoublait, et l’on avait pour le quart-d’heure un bien autre emploi de son temps.

— Que faut-il, maintenant ?

Elle n’était pas assez dénuée de sens pour ne pas concevoir d’inquiétude au souvenir de son mari, qui l’avait toujours tant aimée, entourée de tant de soins et de délicatesses, sauvée de la pire existence pour lui donner le luxe, l’amour, la considération, des bijoux, l’estime, la poésie, pour faire enfin sa religion de celle que l’on traitait ailleurs avec si peu d’égards. Elle avait tout mérité, oui, mais Pierre lui avait tout donné. Elle perdait trop en le perdant, pour qu’un remords ne se mêlât pas à son regret ; et comme la