Page:Hardouin - La Detenue de Versailles en 1871.pdf/38

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En y pénétrant, une émotion mêlée de surprise me saisit. C’est qu’aussi le spectacle qui s’offre à nous est bien fait pour émouvoir.

Qu’on se figure, dans un rectangle de soixante-dix à quatre-vingts mètres, près de cinq cents femmes et jeunes garçons agglomérés. Les unes sont debout adossées au mur, d’autres assises sur des pierres, car il n’y a là ni bancs, ni chaises. Leur visage, bruni, par une longue insolation, a l’air quasi-masculin des femmes du Midi. Dans cette cour sans ombre, où le soleil darde à pic, elles viennent tous les jours, fuyant l’atmosphère pire encore du Grenier. Les vêtements d’un grand nombre de ces femmes, déchirés, sales ou passés de couleur, attestent un usage prolongé et le peu de soin qu’il leur est possible d’en prendre, faute de rechange. Sauf l’eau qui ne manque pas, mais qu’on se procure comme on peut dans les vases les plus bizarres, tous les moyens de toilette manquent aux malheureuses. Au reste, une heure d’exposition dans cette casbah où le soleil poudre à gris visages et cheveux, suffirait pour rendre vains tous les efforts de l’amour-propre. Aucune cependant ne reste oisive : la plupart s’emploient à tricoter, qui des fichus, qui des camisoles et