Page:Hardouin - La Detenue de Versailles en 1871.pdf/56

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le geste n’avait point d’aisance. Sur ce corps, en somme assez bien proportionné, une tête étonnamment petite.

La nature est rarement prodigue en tout : bien que son possesseur le crût modelé d’après l’antique, le visage, ni laid ni beau, s’accusait surtout par l’absence de caractère. Blond d’ailleurs, ce lieutenant n’avait de martial que la rousse moustache en brosse émergeant de son masque framboise.

Quand j’aurai dit que ce bel homme n’était pas plus astiqué, pommadé, cosmétiqué des bottes au képi que certain général d’Afrique aujourd’hui légendaire, il ne restera plus qu’à parler du moral.

C’est une nature curieuse et bien instructive que la sienne. On trouverait peu d’hommes aux actes plus carrément contradictoires. Il avait des colères sanguines qui ne s’éteignaient que dans des brutalités. Entier dans ses rages, prompt à se venger, il ne souffrait pas qu’on répondît même avec raison. C’était l’absolu dans l’irascible. S’il arrivait qu’une des pauvres brebis confiées à sa garde s’égarât dans le sentier de la réplique, son dogue orgueil ramenait rudement l’imprudente au bercail de