Page:Hauvette - Littérature italienne.djvu/139

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LA a mvmz coménm » H9 moindre que l’Enl`er. Pour gouter l’originalité et la gran- deur sévére du Paradis, il fhut une préparation longue et difficile. Aussi a-t-on beau vanter l`idylle exquise de Matelda et l’apparition de Béatrice au sommet du Purga- toire, ou la vision sublime de l’Empyrée et de`Dieu, dans les derniers chants du poéme, la grande majorité des lecteurs continue a lire de préférence les épisodes plus humains et plus vivants de l’Enf`er. Cctte humanité de la poésie dantesque, et aussi l’admi- rable richesse d`un style concis, savant, tour a tour fami- lier et sévere, pittoresque et abstrait, qui fut presque de toutes pieces une création, et non la moins originale, de ce génie puissant, voila les mérites par lesquels Dante doit étre considéré comme le grand initiateur de la poésie moderne; son ombre se projette sur toute l’histoire de la littératurc italienne, et, a la distance ou nous sommes, on en saisit mieux que jamais toute la hauteur. Mais Dante n’a exercé qu’une influence médiocre ou méme nulle sur les générations qui l’ont immédiatement suivi : malgré le grand amour qu’il eut pour Virgile et quelques autres anciens, ce qui frappa d’abord ses contemporains, ce fut l'élément scientifique et divin de son poéme, ce {ut le voile allégorique ou s’enveloppait sa pensée. Un demi- siecle aprés sa mort, ses compatriotes éprouvaient le besoin de se faire expliquer publiquement la Divine Comédie; et a ce moment, Pétrarque, Boccace et les premiers humanistes avaient engagé la poésie dans des voies entiérement difI`érentes : Dante n’était plus bien compris, et le gout des lettrés se portait d’uu tout autrc coté.