Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/275

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après un moment de réflexion, et dans votre force vous êtes impitoyable. Actuellement Clifford n’est pas fou ; mais il pourra le devenir à la suite de l’entrevue que vous réclamez avec tant d’insistance. Néanmoins, vous connaissant comme je vous connais, ce que j’ai de mieux à faire est, je crois, de vous laisser juger par vous-même à quel point il est improbable qu’il possède aucun secret de quelque importance… Je vais donc appeler Clifford… Dans vos rapports avec lui, montrez-vous miséricordieux, — plus miséricordieux que votre cœur ne vous le conseille, — car Dieu vous regarde, Jaffrey Pyncheon ! »

Le Juge, quittant avec sa cousine le magasin où avait eu lieu la conversation précédente, la suivit dans le salon et se laissa tomber pesamment au fond du grand fauteuil de famille. Maints et maints Pyncheon, jadis, avaient dans ses larges bras trouvé le repos : — de frais enfants après leurs jeux, des jeunes gens pour y mener leur rêve d’amour, des hommes faits pliant sous le poids des soucis, des vieillards surchargés de nombreux hivers ; — ils s’y étaient tour à tour affaissés, engourdis, et plus tard abîmés dans un sommeil plus profond. Une lointaine tradition, sujette à quelques doutes, voulait que ce fût là le même fauteuil où s’était assis le plus ancien des aïeux du Juge, — de ses aïeux américains, — celui dont l’image était accrochée au mur, lorsqu’il avait accueilli la foule de convives qui se pressaient à ses portes, avec le silence et l’imposante physionomie d’un mort. Depuis cette heure funeste jusqu’au moment actuel, jamais peut-être ne s’était laissé tomber dans ce fauteuil un homme plus fatigué, plus triste que le juge Pyncheon, tout à