Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/279

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oublier son abattement et ses terreurs. Après la disparition de la voiture, le bon Oncle Venner qui descendait lentement Pyncheon-street, boitant quelque peu à cause de ses rhumatismes, lui fournit l’occasion d’un nouveau retard, qu’elle eût bien voulu prolonger. Tout ce qui l’arrachait aux chagrins actuels, tout ce qui mettait un obstacle quelconque entre elle et l’accomplissement de sa déplorable mission, lui était comme un soulagement bien venu.

Craintive pour elle-même, Hepzibah l’était encore davantage pour Clifford. Comment cette nature si frêle, et que tant de malheurs avaient déjà ébranlée, supporterait-elle, sans un écroulement absolu, le dur antagonisme de cet homme qui avait toujours été son mauvais génie ? Les mettre face à face, n’était-ce pas jeter un vase de porcelaine, déjà fêlé, contre une colonne de granit ? Jamais ne s’était mieux dessiné, aux yeux d’Hepzibah, le caractère puissant de son cousin Jaffrey, de cet homme que nulle difficulté n’embarrassait, que n’arrêtait aucun scrupule. Ce qui rendait le problème encore plus insoluble, était cette illusion du juge Pyncheon, relativement au secret dont il croyait que Clifford s’était rendu maître. Un homme habituellement positif, s’il vient à concevoir une opinion erronée, la confond si bien avec les déductions rigoureuses, les infaillibles raisonnements dont il est coutumier, que le travail nécessaire pour la lui ôter équivaut à celui qu’il faudrait pour déraciner un chêne. Et puisque le Juge allait exiger de Clifford une chose absolument impossible, ce dernier, par suite d’un refus inévitable, allait encourir une perte certaine. — On pouvait la regarder comme déjà consommée.