Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/293

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bouillonne encore dans ses veines. Jugez de ce qu’elle pouvait être pour Hepzibah et Clifford, — ces deux vieux enfants inexpérimentés, — au moment où ils franchirent le seuil de la porte et quittèrent le vaste abri de l’Orme-Pyncheon. Chez Hepzibah existait au plus haut degré le sentiment intime d’un manque de volonté qui la livrait à toutes les impulsions extérieures. Incapable désormais de se guider, elle ne désirait même plus recouvrer cette faculté perdue, tant elle la jugeait inutile, au milieu des difficultés qui l’entouraient de toutes parts.

De temps en temps, au début de leur étrange expédition, elle jetait du côté de Clifford un regard oblique, et ne put s’empêcher de remarquer qu’il était sous le coup d’une excitation singulière. Cette excitation, semblable à la gaieté que donne le vin, était la véritable cause de l’empire soudain qu’il avait pris sur lui-même. Un poëte aurait pu le comparer à quelque joyeux morceau de musique, exécuté avec une vivacité folle sur un instrument en désarroi. De même que la note fêlée revient à peu près constamment, et fait d’autant mieux sentir ses dissonances que le mouvement se précipite, que la mélodie arrive à son apogée, de même, chez Clifford, un tremblement continuel démentait son sourire triomphant, et donnait à sa démarche contrainte je ne sais quel sautillement convulsif.

Ils rencontrèrent fort peu de monde, même alors qu’ils furent parvenus dans ces quartiers où il y avait ordinairement plus d’activité, plus de foule qu’aux entours de leur vieil hôtel. Les parapluies se montraient de tous côtés à l’étalage des boutiques, comme