Page:Henri Grégoire.- De la traite et de l'esclavage des noirs et des blancs, 1815.djvu/43

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que la traite soit abolie, lorsqu’on aura civilisé les peuplades de la Guinée et introduit parmi elles nos arts, nos métiers, nos sciences même[1]. Certes la France, depuis long-temps, aurait pu et dû porter la civilisation sur les rives du Sénégal, où, sans remords, sans dangers, elle formeroit des Colonies prospères sur un sol luxuriant, et plus rapproché de la mère-patrie que ces Antilles dont une partie déjà lui est échappée et qui toutes bientôt peut-être échapperont à l’Europe. Mais la liberté civile n’est-elle pas l’élément de la civilisation ? Le premier pas dans ce genre n’est-il pas de restituer aux individus les droits imprescriptibles qu’ils tiennent du Créateur ? Telle est la base sur laquelle repose l’établissement anglois de Sierra-Leone ; vouloir attendre, pour affranchir les hommes, qu’ils soient civilisés, qu’ils cultivent les arts et les sciences, c’est substituer l’effet à la cause et donner pour principe de la liberté ce qui ne peut être que le fruit de la liberté. Le

  1. V. M. de Beauvois, ibid, pag. 22.